Le manque d'enseignants en France est devenu au cours des dernières années l'un des problèmes majeurs de l'Éducation nationale. Si la situation s'est améliorée lors des concours de 2026, notamment grâce à la réforme permettant de recruter dès la licence, les difficultés d'attractivité n'ont pas disparu. Certaines académies, certaines disciplines et certaines voies de recrutement restent confrontées à un nombre insuffisant de candidats. Derrière cette situation se trouvent plusieurs facteurs : évolution des concours enseignants, niveau des rémunérations, conditions de travail, mobilité géographique, difficultés rencontrées dans certains établissements et concurrence avec d'autres carrières accessibles aux diplômés.
1. Une crise de recrutement installée depuis plusieurs années
Les difficultés actuelles ne sont pas apparues brutalement. Pendant plusieurs années, le nombre de candidats aux concours enseignants a diminué alors que l'Éducation nationale devait continuer à recruter plusieurs milliers de professeurs chaque année. Entre 2016 et 2024, le nombre de candidats présents aux concours du premier degré public a ainsi diminué de 30,8 %, tandis que le nombre de postes proposés reculait de 20,8 %. Dans le second degré, la diminution du nombre de candidats présents atteignait 32,2 % sur la même période.
La situation s'est toutefois sensiblement améliorée en 2026. La réforme du recrutement, avec l'ouverture de nouveaux concours accessibles à bac+3 parallèlement aux concours bac+5 pendant la période transitoire, a considérablement élargi le nombre de candidats potentiels. Pour les concours externes publics, le ministère a enregistré 176 905 inscriptions en 2026, soit une augmentation de 76,6 % par rapport à 2025. Cette amélioration constitue un signal encourageant, mais elle ne suffit pas à résoudre toutes les difficultés structurelles qui rendent le métier moins attractif pour une partie des étudiants et des diplômés.
2. La réforme des concours commence à produire des effets
Pour répondre à la crise du recrutement, la France a profondément modifié la formation initiale des enseignants. Depuis la session 2026, les candidats peuvent notamment passer les nouveaux concours externes à partir de la troisième année de licence. Les lauréats poursuivent ensuite deux années de formation de niveau master qui sont rémunérées. L'objectif consiste à attirer les étudiants plus tôt vers le professorat et à réduire la longue période durant laquelle ils devaient auparavant poursuivre leurs études avant de pouvoir accéder au concours.
Les premiers résultats sont importants. Dans le premier degré public, 98,5 % des postes ont été pourvus en 2026, contre 92,1 % en 2025. Dans le second degré public, le taux atteint 96,1 %, contre 90,6 % un an auparavant. Pour le CAPES externe, 97,5 % des postes ont été pourvus. Ces résultats montrent que l'organisation du parcours d'accès au métier joue un rôle important dans l'attractivité. Ils doivent néanmoins être interprétés avec prudence, car certaines disciplines continuent à manquer de candidats et le recours aux enseignants contractuels reste nécessaire pour répondre à certains besoins.
3. Les rémunérations restent au cœur du problème d'attractivité
La question des salaires des enseignants reste centrale lorsqu'il s'agit d'expliquer les difficultés de recrutement. Un étudiant diplômé en mathématiques, informatique, sciences, langues ou dans certaines disciplines techniques peut souvent envisager plusieurs carrières en dehors de l'enseignement. Lorsque le niveau de rémunération, les perspectives d'évolution et les contraintes professionnelles apparaissent moins avantageux dans l'Éducation nationale, une partie de ces diplômés peut naturellement choisir le secteur privé ou d'autres métiers de la fonction publique.
Plusieurs mesures de revalorisation ont été introduites ces dernières années. Les enseignants peuvent notamment bénéficier de différentes indemnités et d'une prime d'attractivité dont le montant varie selon leur situation et leur ancienneté. Ces mesures améliorent la rémunération, particulièrement en début de carrière, mais la question ne se limite pas au premier salaire. Les candidats évaluent également l'évolution de leur rémunération sur plusieurs décennies, les possibilités de promotion, les responsabilités supplémentaires demandées et la comparaison avec les revenus accessibles dans d'autres professions nécessitant un niveau de qualification comparable.
4. Les conditions de travail peuvent décourager les candidats
L'attractivité du métier d'enseignant ne dépend pas uniquement du salaire. Les conditions concrètes d'exercice jouent également un rôle déterminant. Enseigner suppose de préparer les cours, corriger les travaux, évaluer les élèves, participer aux réunions, communiquer avec les familles et accomplir différentes tâches administratives qui s'ajoutent au temps passé devant les classes. Dans certains établissements, les enseignants doivent également gérer des classes difficiles, des situations sociales complexes ou des problèmes de discipline qui peuvent augmenter considérablement la charge professionnelle.
La perception du métier a donc changé. La sécurité de l'emploi et les vacances scolaires, souvent mises en avant dans les représentations traditionnelles de la profession, ne suffisent plus nécessairement à attirer des diplômés qui comparent désormais plus facilement différentes possibilités de carrière. Les jeunes candidats accordent également de l'importance à l'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, à l'autonomie, aux possibilités de mobilité et à la reconnaissance du travail accompli. Lorsque l'écart entre leurs attentes et la réalité du métier devient trop important, l'Éducation nationale peut éprouver davantage de difficultés à recruter mais également à conserver ses personnels.
5. Mathématiques, lettres, allemand : certaines disciplines restent fragiles
Les difficultés de recrutement ne concernent pas toutes les matières de la même manière. En 2025, plusieurs disciplines du CAPES connaissaient encore d'importantes difficultés : seulement 74,4 % des postes en mathématiques, 74,5 % en physique-chimie, 77,2 % en allemand et 87,7 % en lettres modernes avaient été pourvus. La situation s'est nettement améliorée en 2026 : le taux de couverture est remonté autour de 93 % en mathématiques, 98 % en physique-chimie, 89 % en allemand et 96 % en lettres modernes.
Ces progrès ne signifient cependant pas que les tensions ont totalement disparu. Les données détaillées des concours montrent encore des postes non pourvus dans plusieurs disciplines et certaines voies de recrutement. Les mathématiques constituent un cas particulièrement important, car les diplômés possédant de solides compétences quantitatives disposent également de débouchés dans l'informatique, la finance, l'ingénierie, l'analyse de données et l'intelligence artificielle. L'Éducation nationale doit donc attirer des candidats sur un marché du travail où leurs compétences peuvent être fortement recherchées ailleurs.
6. Le recours aux enseignants contractuels permet de combler une partie des besoins
Lorsque les concours ne permettent pas de recruter suffisamment de titulaires dans une académie ou une discipline, l'Éducation nationale peut faire appel à des enseignants contractuels. Ce mécanisme permet d'assurer rapidement certains enseignements et d'éviter autant que possible de laisser des classes durablement sans professeur. Il constitue donc une réponse pratique aux difficultés de recrutement, particulièrement lorsque des besoins apparaissent peu avant ou après la rentrée scolaire.
Mais le recours aux contractuels pose également la question de la stabilité du système. Un recrutement rapide ne remplace pas nécessairement une politique durable d'attractivité et de formation. Les personnels recrutés doivent être accompagnés et formés afin de maîtriser non seulement leur discipline, mais également la pédagogie, la gestion de classe, l'évaluation et le fonctionnement institutionnel. Une politique de recrutement efficace doit donc chercher simultanément à augmenter le nombre de candidats aux concours, améliorer leur formation et fidéliser les enseignants une fois qu'ils sont entrés dans le métier.
7. Comment rendre le métier d'enseignant de nouveau attractif ?
Les résultats des concours 2026 montrent qu'une politique publique peut avoir des effets rapides sur le recrutement des enseignants. Le passage du concours à bac+3, la formation rémunérée pendant les deux années suivantes et l'élargissement du vivier de candidats ont permis d'augmenter fortement les inscriptions et le nombre de postes pourvus. Cette amélioration ne règle toutefois qu'une partie du problème, car l'attractivité d'une profession se construit sur l'ensemble d'une carrière et non uniquement au moment du concours.
La réponse à long terme devra probablement combiner plusieurs leviers : une rémunération suffisamment attractive, une progression de carrière plus lisible, de meilleures conditions d'exercice, une formation professionnelle solide, un accompagnement des nouveaux enseignants et une meilleure reconnaissance sociale du métier. La France dispose encore d'un nombre considérable de personnels éducatifs, avec environ 851 500 enseignants dans les écoles et établissements en 2025-2026, mais le véritable défi consiste à garantir durablement la présence de professeurs qualifiés dans toutes les disciplines et sur l'ensemble du territoire. La hausse spectaculaire des candidatures observée en 2026 constitue donc une amélioration importante, mais la capacité de l'Éducation nationale à transformer ce regain d'intérêt en attractivité durable sera l'un des enjeux majeurs des prochaines années.



